Considérant ma profession d’écrivain, pourquoi vouloir être toujours catalogué, étiqueté dans tel ou tel style alors que possédant (pour mes confrères ainsi que moi-même) une certaine facilité à jeter des lignes sur le papier ? Et pourquoi de temps à autres ne pas laisser libre cours à sa fantaisie, voir sa folie ?
C’est donc ce que j’ai décidé avant d’entamer l’écriture de DECONOGRAPIE MEDIEVALE.
Une farce ! Une farce déjantée, anachronique et iconoclaste ou je me suis amusé (beaucoup) à écrire en argot, ou mes personnages sont plus proches des loubards de banlieue actuels que des preux et nobles chevaliers.
Je n’avais pas prévu une grande carrière pour cet ouvrage paru à tirage limité à l’occasion du marché médiéval de Chinon.
… DELIRES ICONOCLASTES
à ne pas exhiber aux chasses des lardons
AVANT – PROPOS
Comme qu’y disent mes potes écrivains, l’auteur y décline toute responsabilité. Donc comptez pas sur mézigue pour porter l'bada !
Nous v’là dans c’bouquin à traîner nos grolles dans les environs du 15ème siècle, en Touraine et à Pantruche, quand l’Loulou onzième il était taulier du royaume et qu’à c’époque c’était un sacré merdier. Dans c’t’histoire, nib pour trouver une ressemblance avec un mecton d'aujourd'hui ! Si qu’ça arrive, c'est qu'y’à une couille quelque part…
Y’a un frappé d’première qui veut pas que j’dise son blaze. Y préfère rester incognito derrière l’comptoir d’son rade à Chinon. Y m’a quand même filer la pogne un chouïa dans certains délires quand j’viens biberonner mon caoua chez lui l’matin .
Michel, t’as pas l’air mais t’es quand même un putain d’allumé toi aussi !
Et y’en a un autre que j’salue… Un mec qu’en pince sérieux pour l’argomuche.
A Pierre Perret qu’a pour surblaze Pierrot la tendresse. Pierrot, j’te serre la pogne !
DECONOGRAPHIE (extraits)
… - Combien de bornes encore ?
- Trois, quatre peut-être…
- Putain ! J'ai l'dargif en compote.
- Tu crois que t'es le seul peut-être, et le bourrin qui porte notre bordel, qui s’le farcit à tirer ?
Les deux jeunes chevaliers, tout frais adoubés, se dirigent vers la Roche-Posay d'avant se rendre à L'Aigle sur Langlin où doit se dérouler l'un des plus importants tournois du royaume de France.
- Putain quel populo !
- Tu t'attendais à quoi mec ?
- J'ai comme l'impression qu'on va pouvoir s’brosser pour trouver une piaule…
- T'inquiètes pas mec, on va bien s’démerder car j'ai pas vraiment envie d’zoner dehors toute la nuit, déjà qu'en plein jour on s’pèle sérieux l’joufflu…
- Tu vois Rollon, l'idéal serait de se soulever deux gonzesses du bled. Quel panard ! La piaule et la viande en même temps…
- Rêve pas mec, l'père Noël est pas encore arrivé jusqu'à nous.
Les voyageurs se font maintenant plus nombreux. Charrettes, chars, coches transportant familles et armement des futurs participants, ainsi que des cavaliers de tous poils et de tous acabits, se pressent sur la route, qu'alors se dessinent les premières fortifications de la ville.
- Quel bordel…
- Mate-là bas Jehan, tu vois quoi ?
- Merde, encore les keufs !
- Vont encore foutre leur merdier. Tu peux être sûr, comme à chaque fois qu’tu vas à une manif, une teuf ou un tournoi, y sont là ces guignols…
- Pourquoi qu'y sont sapés d’surcots bleus ?
- Pour pas les confondre avec les fraises des bois !
Tous en sont maintenant de piétiner en l'attente que le guet et la sénéchaussée leur cèdent le droit d'entrée.
- Jehan, vise sur ta dextre…
- Quoi ? Y'a que dalle…
- C’que tu peux être con ! Et c'panneau, là, c'est d'la frangipane ou quoi ?
- Qu'est ce qu'il a ce panneau ?
- Tu sais lire pourtant…
- Ouais, j'ai même appris dans l'Barbier !
- Tu lui a ouvert les tripes pour prendre des cours ?
- T'es vraiment con, j’te parle du canard, le Barbier…
- Ah oui, l'Barbier, c’canard de bourges… Moi j’préfère l'Humaniste. Y tripent dur dedans les mecs.
- C'est pas tout, mais ton panneau avec la flèche ?
- Tu lis bien comme moi, Triganau Gilbert, location de tentes meublées
- Ouais, et alors ?
- A l'époque de l'Ost, quand j’me farcissais avec d'autres le stage d'écuyer, j’m'étais fait un pote qui s'appelait lui aussi Gilbert Triganau, un sacré rapide entre parenthèses, et qui v’nait d’pas loin d'chez nous à Saint-Denis. D'la Neuve-Cour qu'il était…
… - C'est-y pas chouette ? J'ai vu ça dans un boxon à Marseille et ça m'a donné envie d’faire pareil. Ermeline…T'es où ma poule ?
D'une porte arrive une jeune femme au front ceint d'un bandeau, marchant pieds nus, et arborant de longs cheveux blonds dans lesquels sont glissées des fleurs. Son bliaud ainsi que sa longue jupe sont ornés de dessins étranges, sûrement peints à la main par la jeune femme elle-même. Une ceinture, lâche, lui descend sur les hanches.
Elle offre d'elle une image éthérée, voir absente…
- Dis-moi ma loute, t'aurais pas tapé dans les champignons hallucinogènes par hasard ?
- Ainsi te voilà beau Gilbert, et qui donc sont les deux damoiseaux t'accompagnant ?
- Deux potes à moi Ermeline, j'te présente Rollon et Jehan. Y sont de passage pour l'tournoi. Y z'ont vu la pub sur la route et y s'sont pointés ici. J'les ai invités…
- Comme tu as bien fait beau Gilbert. Paix à vous amis…
- J'vous ai dit, elle est complètement dans le love…
… Arrivent sur ces entre faits la compagne de Lulu suivie de deux jeunes femmes souriantes. L'une blonde, grande et élancée, l'autre brune et mignonnement potelée.
- Voilà ma grosse ! Et elle a trouvé deux poufs pour tes potes. Elles sont plutôt choucardes ces radasses. La grande blonde c'est Ida, une teutonne, toujours la chagatte en folie, et la brune c'est Mado, une ritale, la reine de l'aspiration. Avec ces deux championnes du valseur, y vont pas s'emmerder tes potes…
- Mais avec elles… C'est gratos ou faut allonger la fraîche ?
- Gratos les mecs, plus nympho qu'elles ça existe pas. Deux sacrées salopes de première. Elles te feraient triquer une momie !
… Après avoir satisfait à cette étrange exigence des édiles locaux, les deux amis pénètrent l'intérieur de l'établissement.
- Tu bois quoi ?
- Un blanc sec m'dirait bien…
- Pas conne ton idée ! Hé, l' taulier, t'as quoi comme blancs ?
- Muscadet, Sauvignon, Alsace…
- Muscadet Jehan ?
- OK !
- Deux muscadets, bien frais.
Une ribaude en quête de clients s'approche en roulant des hanches.
- Alors mes beaux damoiseaux, une gâterie à trois, ça vous dirait ?
- Tu viens d'où toi ?
- D'la Roche…
- Si t'es venue en taxi y devait aussi transporter des harengs dans son coffre, vu ton odeur…
- Connard !
- Dégage salope !
… Ils suivent maintenant une file de cavaliers empruntant, eux aussi, la même route, les faisant arriver en un vaste espacement qui offre, à la vue des nouveaux venus, les tribunes officielles destinées aux diverses seigneuries et autres châtellenies, ainsi que le champ clos, la lice, où doivent se dérouler les différentes épreuves.
Une parcelle est attribuée à chaque participant afin que ces derniers puissent s'établir le temps de leur participation.
Nanard s'empresse de débarder le matériel.
- Oh les mecs, vous pourriez peut-être me filer la pogne pour monter la guitoune merde !
- Pas d'affolo garçon, on arrive.
… Jehan, après avoir réclamé à Nanard son fléau d'arme, et ayant lui aussi démonté, se dirige maintenant vers le vendéen qui, tant bien que mal, essaye de se redresser.
Chevaleresque, il lui tend la main pour l'aider en sa tentative.
L'assistance retient son souffle alors que Villiers, d'une voix hésitante, réclame son épée.
De son attitude, Jehan s'aperçoit que son adversaire ne possède plus tout à fait ses esprits et lui assène un coup de fléau d'arme. Le heaume de Villiers résonne sous l'impact avant il ne s'écroule.
- Dodo, connard !
Et, après avoir salué, regagne lui aussi leur campement sous les applaudissements nourris.
… Se dirigeant maintenant vers l'endroit où se trouve dressée la tente de Villiers, ils croisent Nik de Sarko en grande conversation avec ce qui peut apparaître comme une dame de haut lignage. Cette dernière est accompagnée d'un homme de taille moyenne, replet, et portant un costume de bouffon.
- T'as maté l'mec avec la rombière Rollon, c'est pas une tronche, c'est un groin qu'il a !
Nik et les deux compères échangent un rapide et discret regard d'intelligence.
- Radine Lulu, le Nik a l'air d'mijoter un plan. C'est pas son habitude de faire des ronds d'jambes…
Ils parviennent enfin à la tente de Villiers où ce dernier est étendu sur un lit de camp, son heaume cabossé par le fléau d'arme de Jehan, posé à terre à ses côtés.
Gilbert interpelle l'écuyer qui achève d'ôter l'armure du chevalier.
- Comment qu'y va ton taulier ?
- Il reprend ses sens petit à petit messires. Mais à qui ai-je l'honneur ?
A l'entendu de la question ainsi formulée, Gilbert et Lulu éclatent de rire.
- T'as esgourdé Lulu ? Mais à qui ai-je l'honneur messires… D'où qu'il décarre cette truffe ? Hé toi, le larbin ! Où qu't'as appris à jacter ?
- Je suis, messires, écuyer et en passe dans le prochain d'être adoubé par Monseigneur Villiers présentement étendu. Puis-je connaître la raison de votre venue je vous prie ?
- On est comme qui dirait les… percepteurs du mec qu'à banané ton singe. Et c'est quoi vos armes, un cœur et une croix ?
- Monseigneur Villiers, seigneur de grand renom en notre région de Vendée, a crée une union régionaliste ayant pour nom "chats huant" afin de défendre notre territoire contre toute tentative d'ingérence ou de main mise par le royaume de France ou des Anglois.
- T'entends ça Lulu ? Un atano… Anota… Atano… Bordel de merde ! J'r'trouve plus l'nom putain. Tu sais, un mec qui veut pas des autres chez lui…
- Tu voudrais pas dire autonomiste par hasard ?
- Ouais, c'est ça ! Anatomiste ou pas il va falloir qu'il crache au bassinet lui aussi. Alors toi, le larbin, on enlève tout l'bordel ou vous casquez ? C'est pas pour t'forcer la main, mais si qu’on embarque tout, il va se geler les miches sérieux ton hibou. J'le vois pas beau à rester à loilepé dehors sans rien sur l’cul!
- Chat huant messire, pas hibou, chat huant !
- Ouais, chat machin si tu veux. Alors ?
- Je pense que Monseigneur préfère s'acquitter du tribut, vu que cette armure ainsi que ses armes sont des reliques de famille auxquelles il est profondément attaché.
- T'as raison mec ! Pour d'la relique c'est d'la relique. De la camelote ses trucs, d'la vraie merdasse. Mate un peu l'état de son heaume avec un simple coup de fléau d'arme.
- Puis-je connaître le montant du tribut je vous prie ?
- Ho guignol ! Tu peux pas causer comme tout l'monde à la fin ? Tu nous les brises ! Ce s'ra comme pour l'Adolphe de Germanie. 200 écus d'or !
… Tout le groupe est maintenant réuni à l'hostellerie de L'écuyer Tranchant.
Les hanaps et autres coupes sont emplis d'un vin à la couleur rubis et les tranchoirs attendent les dîneurs.
De la cheminée au devant de laquelle s'affairent des rôtisseurs transpirant à l'envie et le visage rendu écarlate par la chaleur du foyer, parviennent les odeurs alléchantes des poulets, chapons et autres gorets tournant sur les broches.
Cottes largement échancrées sur leur poitrine, les servantes se hâtent de tablée en tablée, transportant de lourds plats de victuailles.
Deux hommes, petits, les yeux bridés, et portant la livrée aux armes de la famille de Sarko, s'en viennent trouver Nik et, discrètement, l'un d'eux se penche vers son oreille.
- Fais les v'nir !
- Z'ont une cirrhose ou quoi tes mecs ? Sont malades avec une tronche pareille.
- T'y es pas Gilbert ! Sont asiatiques et j'l'es ai ramenés avec moi d'un voyage à Cipango (1) et à Catay (2). C'est Mao et Ju-Do, mes pages jaunes.
Bientôt apparaissent deux hommes, jeunes dont le teint basané ainsi que leur sombre chevelure traduisent les origines.
- Salut les mecs ! Tapez vous le fion sur c'banc.
Puis, se tournant vers le restant de la tablée…
- C'est Tintin et Miloud, deux maures qui esgourdent notre langue. Ils marnent pour mézigue et y m'rencardent de tout s'qui s'passe là-bas, dans leur zone. Vaut mieux prévoir…
Oh les mecs, vous picolez un hanap avec nous ou vous préférez une bibine ?
- D'la bibine por nos otres s'il vous pli m'siou.
- C'est vrai qu'y kiffent pas trop le jaja. Alors, quelles nouvelles ?
Après avoir rapidement inspecté la salle du regard, les deux hommes se penchent vers Nik en un discret aparté.
Leur rapide entretient terminé, les deux maures finissent rapidement leurs bières.
De sa bourse suspendue à sa ceinture, Nik extrait quelques
écus qu'il tend aux deux hommes.
- Merci les mecs. A la r'voyure…
… - Oh les mecs ! Si vous continuez ainsi ce s'ra à outrance. Pensez plutôt à vos gerces et à vos lardons qui vous attendent. Ce s'rait couillon pour vous d'en ramasser encore plein la gueule, vous croyez pas ? A1ors laissez tomber vos brochettes et vous avez ma parole qu'on vous assaisonne plus. Y vaut mieux perdre des tunes et ensuite rentrer à la casba tringler vos gonzesses. Réfléchissez !
Jehan surenchérit.
- Soyez pas loufs les mecs. Et en plus c'est pas la guerre merde, c'est qu'un tournoi. Vous avez vraiment envie qu'on marque sur vos tombes "il est mort comme un con pour que tchi" ? Vous aurez encore l'occasion de vous faire mousser. L'Ost a encore besoin de vous…
Ida et Mado font irruption et se précipitent sur les deux amis qu'aussitôt elles couvrent de baisers en ronronnant comme des chattes.
De l'extérieur parvient une voix qui d'enquiert.
- On peut entrer ?
Ils reconnaissent l'organe de Nik.
- Vas-y bonhomme, fais pas d'manières !
Le pan de la tente soulevé, pénètrent trois hommes précédés de Nik.
Sidérés, les deux amis reconnaissent le roi.
Aussitôt, ils s'agenouillent respectueusement.
- Barrez-vous les mousmés !
Intime sèchement Nik à Ida et Mado qui ne demandent pas leur reste.
Le roi ordonne brièvement à Rollon et Jehan de se relever.
- C'est eux les deux mecs dont j'vous ai causés sire. Vous avez pu les voir au turbin tout à l'heure sur l'pré. Des vrais marlous mais d’bonne lignée. J'ai bossé avec leurs vieux que j'connais bien.
Toujours sans prononcer mot, le souverain détaille attentivement les deux chevaliers, puis, se retournant à nouveau vers Nik.
- T'es vraiment certain Nik ?
- Putain sire, aussi sûr que deux et deux font… quelque chose. Ce sont p't'être des voyous qui baisent à couilles rabattues, picolent comme des trous, n'hésitent pas à arnaquer dès qu'ils peuvent et qu'y ont pas peur d'la baston, mais y sont fidèles. S'ils bossent pour nous j’vous assure qu’y'aura pas d'lézards, foi de Nik de Sarko !
- Le chibre sur l'billot ?
- Sur l'billot sire ! Ce sont pas des empafés.
- Ok Nik ! Tu vois avec eux.
Et, sur ces mots, le roi quitte la tente suivi des deux autres hommes qui n'ont pas prononcé une seule parole de tout ce temps.
Nik s'empare d'un basset et s'assied.
- Tapez-vous l'cul les mecs. Mao !
Apparaît illico l'un des pages jaunes.
- File nous chercher des bibines. Fissa !
… - J'me d'mande si à la sortie de c't'embrouille si c'est pas nous qu'on va être berlurés…
- Explique mec !
- On va tafer, certainement au black, tirer les marrons du feu pour eux, et tout ça pour une poignée de fifrelins. Admettons qu'on touche notre oseille, mais tout l'reste ? Quels avantages qu'on aura ensuite ? Que dalle mon pote, que tchi, des nèfles ! Et bien heureux si par la suite ça nous f'ra pas tomber des emmerd sur la gueule…
- Vas-y Jehan, continue ton raisonnement.
- Faut pas oublier que si qu'on fait l'boulot, on s'ra des témoins de première bourre, et qu'on aura des secrets d'état sur les endosses…
Imagine un peu mec… Un jour que tu vas t'balader, tu t'arrêtes dans un rade pour t'enfiler un gorgeon et là, paf ! Comme Merlin et sa baguette magique. Un peu d'fumée et plus rien. Nib. Disparu le mecton, envolé… Où qu'il est l'gonze ? Et plus personne il entendra parler de toi. Et surtout y faut pas oublier que l'Nik il est l'boss des keufs…
Tu t'vois dans une des salles de questions de Julien Le Percival avec le bourel, Jean Pierre Faucu qu'y t'serre les couilles dans ses pinces ? Faut être champion pour résister. Là tu chanteras la musique qu'y veulent esgourder, et sans problème. Et si qu'y ont envie qu'tu dises que ta daronne est la reine des pouffiasses, tu l'fras sans hésiter mec ! Et moi j'y tiens à mes baloches. J'voudrais pas les voir comme des pizzas…
… - Y faut, si qu'on accepte, qu'on ait l'assurance de nous en sortir les couilles nettes mon pote. Qu'on ait des assurances. L'Nik, il est bien sympa, mais y marchera pas contre l'vent, ou alors il est maso. Imagine un peu… Tu sais comme moi que Loulou onzième y crache pas sur la teuf et qu'ça lui arrive de s'offrir des virées incognito l'soir pour aller aux putes et s'payer une bonne muflée. Tu vois pas qu'un soir de biture où qu'il aura bien balancé l'pif dans le pitchegorne avec l'Nik et ses potes, le Lhermite et le Dain, et qu'ce soir là il a l'jaja mauvais. Y dit au Nik.
- Nik, tes gonzes qu'ont fait l'taf du bouffon, y m'emmerdent dans ma tronche comme des morbacs dans mon calbard. Sors la Marie-Rose !
Et quoi qu'y s'passera après ?
- Ben… Heu…
- Et bien j'vais te l'dire Gilbert, t'en sais que dalle. Mais le Gilbert, le Lulu, le Rollon et l'Jehan, plus jamais qu'on entendra parler d'eux. T'entraves mec ? Alors j'vais t'dire. Que si Jehan et moi on s'fait pas péter la tronche dans un tournoi, on a encore du temps d'vant nous et qu'on aimerait en profiter un max. Et toi aussi j'présume. Et itou pour le Lulu. Tu piges ?
- Z'avez p't'être pas tout à fait tort les potes… Pas conne votre histoire d'assurance. Mais l'problème, c'est qu'on est pas chez AGF nous…
- AGF… kezako ?
- Les anti gêneurs français. Des keufs pas comme les autres. Mais y m'vient une idée.
… L’herbe du pré encore humide de rosée craque sous les semelles des hommes.
- Hé les deux tantes ! Qui qu’c’est l’premier qui vient s’faire avoiner ?
Les deux amis se regardent, puis se livrent à un rapide chi-fou-mi.
- C’est moi.
Rollon, l’épée à la main, s’avance vers le Téméraire. Ce dernier rit à gorge déployée.
- Putain ! T’as vu comment qu’t’es gaulé ? A la première garde ta lame elle va calter. Ho, les mecs ! J’ai oublié de vous dire. Les règles… Et bien y’en a pas. Tout est permis. Et sur ces mots il se jette sur Rollon qui n’a que le temps d’effectuer deux pas de retrait.
- T’es rapide pour t’barrer. Allez viens, montre c’que t’as dans l’calbut.
Rollon aperçoit une certaine lueur dans les yeux du Témeraire lui indiquant que ce dernier va lancer à nouveau son attaque. Ce qui se produit aussitôt. Rapidement il pare de son arme, engage sa lame sous la garde de son adversaire qui, instantanément se retrouve désarmé.
Le Téméraire demeure interdit et Rollon, profitant de cet avantage, administre un magistral coup de pied dans le bas-ventre du bourguignon qui ploie les genoux en hurlant.
- L’putain d’fumier ! Y m’a écrasé les roustons.
- Pas de règles monseigneur ! Tout est permis…
Il s’en faudra d’une bonne moitié d’heure, ainsi que de quelques gobelets de vin, avant que Charles le Téméraire ne rejoigne le centre du pré à nouveau.
Jehan, à son tour, gagne l’emplacement.
- Si qu’vous êtes spécialisés dans les coups d’lattes et les baloches écrasées, vous m’baiserez pas deux fois !
Mais à peine le dernier mot par lui prononcé qu’un vigoureux coup de poing l’atteignant au menton le propulse au sol, groggy.
- Pas de règles monseigneur ! Tout est permis…
Aidé de son écuyer ainsi que d’un page, le Téméraire se relève tant bien que mal, encore étourdi, en se palpant le menton. Un léger strabisme indique qu’il n’a pas récupéré la totalité de ses moyens.
- Pute borgne et vérolée ! Z’êtes de sacrés marlous tous les deux malgré vos gueules d’anges. Où qu’vous avez appris ?
- Dans une zone où y fait pas bon chercher la merde monseigneur !
- Les mecs ! Si vous chercher du taf, pas d’problème. Mais vous foutez quoi avec l’autre connard ?
- D’l’intérim…
- Putain ! Mais j’vous embauche tout d’suite. Et j’peux vous assurer qu’du côté pognon, avec mézigue c’est pas une aumône que vous palperez… J’sais cracher au bassinet. Alors, c’est ok avec moi et vous laissez quimper l’autre enflure ?
- Désolés monseigneur, mais qu’on on a commencé un turbin, on l’fait jusqu’au bout. Après, j’dis pas…
- Comme vous voulez les mecs. S’pourrait bien qu’y’a bientôt du boulot en prévision… Traînez pas trop car y va y’avoir des tas qui vont v’nir frapper à la lourde. Mais c’est pas tout ça… J’ai les roubignoles qui m’brûlent moi.
… L’atmosphère, parmi les gens d’armes formant l’escorte du zélandais, s’est nettement détendue depuis franchie la porte de Paris où ils retrouvent l’animation bruyante et colorée des rues.
- Oh connard, tu peux pas pousser ta caisse ? J’bosse moi !
- Cause à mon cul empafé !
- Oh du gland, moi j’me trimballe pas tous les jours le dargif sur un siège à conduire des merdouilles qui glandent que dalle de la journée. Feignasse !
- Demandez mes poissons ! Mes poissons qu’arrivent tout droit d’la mer !
- A l’odeur l’est v’nu à pinces ton poiscaille…
- Va t’faire sauter camelot d’mes deux !
Rollon et Jehan ont placé trois hommes en tête pour dégager les rues devant eux.
- Ca fait plaiz de r’trouver l’air du pays !
- Tu l’as dit bouffi ! Rollon, mâte le môme qui fait dans l’arnaque…
Un gamin s’approche discrètement du Zélandais.
- On fait quoi ?
- Chope le ! Ca évitera qu’on soye en r’tard.
D’une main Rollon attrape le gamin par le col, le soulève et le pose sur l’encolure de son cheval.
- Putain ! Mais lâchez moi espèce de pédophile.
- Ecrase gamin ! T’as p’t’être envie qu’on t’fasse les fouilles et ensuite qu’on appelle les keufs ?
- Heu…
- Tu vois… C’est comment ton blaze ?
- Gavroche m’sieur…
- Esgourde moi bien Gavroche. T’arrêtes tes conneries car tu pourrais bien te r’trouver l’cul dans le ruisseau et qu’ce s’rait la faute à personne. Et avec en prime une bonne avoine si tu t’fais choper en flag… Alors tu t’calmes et tu te tires vite fait bien fait. Dégage môme !
A SUIVRE…
J'ai beaucoup apprécié tes déconographies.Je l'ai lu très vite et maintenant je vais le relire en regardant de plus près ce style qui m'enchante.L"histoire est bien amenée et m'a fait beaucoup rire.Merci YAN de m'avoir fait rire.